







‘Quand un secteur économique est perturbé ou troublé, la confusion s’installe dans son système de valeurs. Le modèle économique en vigueur depuis cent ans en Europe comme dans les Amériques est un ‘produit’, filtré par la galerie, proposé au collectionneurs et aux institutions, commenté dans des magazines financés en partie par les galeries, puis charrié vers la machinerie universitaire qui fixe « l’histoire » et garantit ainsi, comme le font les banques, la valeur des avoirs déposés dans son principal entrepôt, le musée. L’histoire de l’art en fin de compte, c’est de l’argent. C’est pourquoi nous n’avons pas l’art que nous méritons, mais l’art pour lequel nous payons. Ce système confortable est demeuré pratiquement incontesté par le personnage clé sur lequel il repose : l’artiste.’
Brian O’Doherty, ‘Inside the White cube’ 1977
aerophagics contemporary est un projet lié à une prise de conscience vis-à-vis de Facebook. Ce réseau social où le ‘moi je’ de l’ego peut se façonner et se partager pleinement au travers de photos, du champ ‘exprimez vous’ et d’invitations. La richesse du profil se calculant aux nombres d’amis. A la base, je suis un utilisateur lambda de ce réseau, mais au fil du temps, je me suis aperçu que bons nombres d’artistes, d’amateurs, de marchands, de collectionneurs et de critiques d’art s’y trouvaient. Chacun promouvant son statut au travers de profils, de groupes, de fan pages. Tout cela produisant un flux d’ (de non) informations narcissiques et confuses. Il n’en reste pas moins que ces flux font naître un sentiment d’appartenance, créant des interactions sociales indispensables à la vie.
Le marché de l’art est basé sur l’exclusion mais au travers de Facebook chaque artiste, amateur, marchand, collectionneur, critique d’art peut choisir de devenir ‘ami’ de tels artistes, amateurs, marchands, collectionneurs, critiques d’art, galeries, institutions, musées (ayant une notoriété sur le marché de l'art) via une demande d’ajout à leur liste d’amis. Tout cela contribuant à entretenir fortement ce sentiment illusoire d’appartenance au monde du marché de l’art. aerophagics contemporary est tout aussi illusoire mais pour certaines personnes cette galerie existe puisqu’elle est sur Facebook. De plus certaines de ces personnes se sont rendues chez aerophagics contemporary , elles ont vu l’autocollant et l’exposition du collectif Interstice Collective, et même quelques-unes se sont renseignées sur les modalités pour exposer chez aerophagics contemporary. Ceci prouve que cette galerie existe puisqu’elle fait des expositions et diffuse des artistes. Elle produit un lieu qui tant à devenir un cadre de référence pour le marché de l’art.
Pour qu’une œuvre d’art soit considérée en temps que telle, il faut qu’elle soit exposée dans une galerie, être reproduite dans les magazines spécialisés, et être soumise à la critique. Un profil Facebook tel que celui d’aerophagics contemporary art peut promouvoir une œuvre d’art à son statut puisque :
1) Elle est une galerie (puisque un lieu dénommé comme tel existe).
2) Via son profil Facebook elle s’adresse à un public spécialisé dans le monde de l’art.
3) Via la parution de ces publications photographiques et écrites (toujours sur Facebook) elle soumet les expositions qu’elle présente à la critique.
aerophagics contemporary est un mirage sur le marché de l’art, puisqu’elle propose uniquement le feedback d’une tendance actuelle, où le miroir Facebook avec sa surface auto-réfléchissante crée des perspectives trompeuses.